mercredi 29 juillet 2015

Spreepark Berlin,  parc attraction abandonné Berlin




















On peut l'apercevoir du pont de Warschauer.
Une grande roue, statique.
C'est le symbole du SpreePark, parc d'attractions abandonné depuis plus de 10 ans.
Un dimanche d'Automne, Bubulle nous convainc d'aller s'introduire dans l'endroit.
Parce que oui, défense d'entrée étant donné la vétusté du lieu.
Après avoir longé la clôture, nous trouvons un endroit approprié pour la traverser.
Pas de garde en vue.
Sans savoir que l'entrée se trouve en fait à l'opposé, nous nous enfonçons dans les bois.

Après quelques minutes de marche à se frayer un chemin dans la végétation dense, nous tombons sur un wagon renversé.

Nous apercevons des rails sinueux que ce dernier parcourait jadis inlassablement, absorbés après quelques mètres par un sombre tunnel.
Probablement le trajet d'un ancien train fantôme
Nous nous engouffrons dans le passage obscur non sans un tumulte de bruits dont l'origine reste inconnue.
Peu rassurés, la lumière de nos téléphones éclaire péniblement l'emplacement de nos pas à venir.

A sa sortie, un marais aussi dense qu'épais ressemble à un green prêt à accueillir une partie de golf.
Nous continuons notre chemin ferroviaire tout en croisant les vestiges sinistres des attractions perdues.
Pour une atmosphère de film d'horreur, c'est inégalable.
Un cygne s'enlise inexorablement dans les profondeurs verdâtres d'un étang qui croasse.
Un dinosaure gît au sol aux côtés de ses pairs comme si leur extinction préhistorique venait tout compte fait de se dérouler quelques années auparavant.
Des bateaux de pirates transpercés par la moisissure parviennent à se maintenir à flot mais partir à l'abordage semble dorénavant compromis.

Soudain, un crissement assourdissant nous assaille.
Alors que nous marchons pour identifier la source de ce vacarme, la grande roue, jusque-là masquée par la végétation, dévoile sa terne splendeur.
Relancés par le vent pour quelques tours d'honneur supplémentaires, les rouages de cette gigantesque masse de ferraille s'exécutent dans un supplice hurlant.
Trônant jadis telle une reine au centre de ce parc de gaieté, elle arbore désormais une figure sépulcrale et agonise, mélancolique de ses années de gloire révolues.
Comme elle si reprenait vie l'espace de quelques minutes, elle agite ses cagettes dans un ballet endiablé, rythmé par les heurts saccadés des mécanismes rouillés comme pour protester contre son statut déchu.
Hypnotisés, nous hésitons inconsciemment à accepter l'invitation de cette attraction d'outre-tombe.
La perspective d'une vue imprenable est vite submergée par la vision angoissante d'un arrêt foudroyant et définitif de la cabine suspendue à des câbles décharnés, 30 mètres au dessus du vide.
Arrêt synonyme de panique dans cette cavité menaçant de s'émanciper à tout moment.
La raison l'emporte sur le fantasque.
Nous quittons cet incroyable endroit alors que la grande roue poursuit son chant funeste et implorant.

J'apprendrai plus tard que des guides auto-proclamés profitent de l'occasion pour organiser des visites guidées en petit train plutôt onéreuses.
Je recommande une découverte aventureuse et non planifiée en soirée qui sera sans aucun doute bien plus saisissante et singulière.









Kiehnwerderallee 1-3, 12437, Berlin
Arrêt Plänterwald S8 ou S9.

Posté le mercredi, juillet 29, 2015 par Clément Schmitt

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jeudi 16 avril 2015



Sachsenhausen, camp de concentration berlin, camp de concentration de Sachsenhausen

On ne se rend pas dans un camp de concentration pour le plaisir.
Mais pour comprendre, se souvenir aussi.
C'est à voir dit-on.
Fascination morbide plutôt taboue.
Alors on va voir.
Lorsque nous descendons à la gare d'Oranienburg, notre guide Ryan nous apprend que nous allons emprunter le même chemin que les déportés d'alors.
Déportés qui, contrairement à notre train confortable, étaient transportés dans des wagons à bestiaux.
Sans eau ni nourriture pendant plusieurs jours.
Inutile de vous dire qu'une sélection naturelle avait déjà été effectuée lorsque les SS ouvraient les portes.

Nous arrivons à l'entrée du camp.
"Le travail rend libre" lit-on.
Nous découvrons divers baraquements et sinistres bâtisses dont nous ignorons encore l'utilité.
Les fantômes des corps décharnés y rodent encore.
Des longs murs épais jouxtant les nombreux miradors délimitent ce lieu de mort.
Au milieu, un espace de pendaison.
La victime y est laissée suspendue plusieurs jours.
En évidence, pour que chacun s'imprègne du destin funeste auquel il est condamné.
En plus de l'atmosphère pesante, la météo du jour est terrible.
En dessous des -10°, du vent, de la neige.
Soudain, on s'aperçoit que l'on porte gros manteau, bonnet, gants et chaussures robustes.
Les détenus, eux,  n'avaient que pour seule protection leur tenue usée de prisonnier.
La tête, les mains et les pieds à découvert.
Ils devaient rester debout des heures durant, pendant que leurs bourreaux aéraient le groupe à leur façon.
On oublie donc de se plaindre.
Nous continuons vers une pièce exposant des tenues et objets symboliques du camp.
Des touristes imbéciles prennent la pause devant les uniformes nazis comme ils poseraient à coté de Mickey à Disneyland.

Il est déjà midi et la faim se fait sentir.
On se dit alors que les résidents forcés auraient rêvé de la moitié d'un seul de nos 3 derniers repas.
Plus la visite avance, plus cette mécanique s'installe dans nos esprits.
Davantage encore, lorsque nous découvrons les latrines exiguës qui ne pouvaient être utilisées que 45 minutes par jour pour l'ensemble du groupe.
400 personnes s'y ruaient quotidiennement dans des conditions épouvantables, sans eau chaude ni savon.
On pense au moment où l'on prend de longues douches de 30 minutes.
Chaudes et réconfortantes.
La visite continue son escalade émotionnelle.
Plus nous avançons, plus le degré d'horreur croît lui aussi.
Nous pénétrons dans l'hôpital.
Comprenez salle d'expériences, salle de tortures, salle de supplices.
Les tables d'opération où les patients cobayes se faisaient opérer sans anesthésie nous sont dévoilées.
Des opérations d'un genre bien particulier qui consistent à laisser un morceau de métal rouillé gangrener lentement votre corps pour en observer la déchéance.
On se souvient du moment où on s'affole d'une petite piqûre chez le médecin pour un banal vaccin.
Les débris des fours crématoires et les pièces d'exécution achèvent de nous donner la nausée.
Les impacts de balle marquent d'une trace indélébile les vies prenant fin selon la cadence des tortionnaires.
On retrouve le même souci du détail, le même pragmatisme barbare découvert à la prison de la Stasi
C'est aussi ça la visite d'un camp de la mort.
Ces découvertes assènent une violente claque à notre petit quotidien lisse et gâté.
Où les manques n'en sont pas vraiment.
Seulement des caprices.
Dommage qu'il faille se rappeler de notre passé sanguinaire pour en prendre conscience.


Camp de concentration de Sachsenhausen
Straße der Nationen 22, 16515 Oranienburg
Visites guidées : http://www.partner.viator.com/fr/7936/tours/Berlin/Sachsenhausen-Visite-guidee-pedestre-du-memorial-du-camp-de-concentration/d488-3817CAMP

Posté le jeudi, avril 16, 2015 par Clément Schmitt

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